Le château social
(La résidence Gryffondor)

Mars 2016




Avant-propos :

- Aucune information ne sera donnée sur la localisation du site.
- Je ne souhaite pas faire d’échange de lieux.
- Je ne suis pas photographe et ne suis pas équipé pour cela.

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Il y a des visites qui sont troublantes, des visites qui ne laissent pas indifférent, qui mettent mal à l'aise et qui interrogent sur la pratique car elles permettent de toucher au plus près la vie des anciens occupants. Celle dont nous allons parler ici est bien entendu de celles-ci.

Je n'ai pas réussi à trouver des informations sur l'histoire de cette résidence qui porte le nom de "château" d'après les différentes cartes postales que l'on peut trouver sur le village. Il y aurait eu un château dans cette même commune dès le XIIIe siècle, remis totalement à neuf au XIXe. Impossible de savoir si il s'agit de celui-ci, j'ai de gros doutes.

La résidence, qui accueillait des mineurs en difficulté, a été abandonnée aux alentours de 2010 pour une raison inconnue. Toujours est-il, qu'en recherchant le nom d'un des anciens directeurs, celui-ci a été mis en cause pour pédophilie dans un établissement du même département. D'anciens résidents sont venus témoigner contre lui. Ainsi, il y a fort à parier que c'est ce qui a déclenché la fermeture de ce centre social.

Situé en plein centre de cette commune de 800 habitants, nous nous garons devant la porte principale, qui donne sur l'avenue principale. Nous contournons l'édifice pour passer à travers un petit champ qui nous permet de rentrer plus ou moins discrètement à travers un muret déjà bien cabossé par la vie.

Nous arrivons ainsi dans le bois de la propriété en pleine discrétion.

Le lieu qui nous fait face est splendide mais dégage une atmosphère un peu glauque, pour une raison totalement inconnue.


Sur notre droite, il y a un bâtiment, beaucoup plus moderne, totalement fermé. Nous pouvons regarder par les fenêtres pour voir l'intérieur. On dirait une espèce de salle des fêtes. Il y a du bric à brac, mais impossible de rentrer. Une fenêtre, précédemment fracturée, a été condamnée.


Nous nous rapprochons discrètement de l'arrière du bâtiment principal. Pour une raison très étrange, il y a une espèce d'escalier de service qui permet de rentrer par les fenêtres du premier et deuxième étage. Je trouve ce concept un peu étrange, mais soit. Il nous servira à pénétrer dans le bâtiment, le plus simplement du monde.

Nous arrivons donc par le premier étage au niveau d'un couloir qui devait desservir des chambres logeant les enfants.


Sur le palier, nous trouvons des toilettes ainsi qu'une petit kitchenette avec une salle qui devait servir pour les petits déjeuners.


Les chambres ont toutes été vidées, il ne reste plus rien. Certaines semblaient avoir des toilettes incorporées, d'autres non. Peut être pour les encadrants ? Au bout du couloir, nous prenons l'escalier en colimaçon, non sans remarquer une cassette de Kate Bush (Eat The Music) où "comment torturer et rendre cinglé un adolescent en 5:20".



Nouveau couloir, beaucoup plus haut de plafond qui accueillait probablement des salles d'activités (il y a encore quelques petits trucs sur place), une infirmerie et une salle de soins totalement flippante.




Et le clou du spectacle qui fait froid dans le dos, lorsque l'on ne s'y attend pas :


Les placards contiennent encore des ustensiles qui semblent malsains.



Et ce n'est pas la magnifique porte capitonnée qui va venir donner un effet plus sain. Encore que, ce n'était peut être juste qu'un effet de style, cela n'ayant aucun sens de capitonner uniquement une porte.


Nous décidons alors de descendre au rez-de-chaussée en empruntant un escalier en colimaçon du plus bel effet, orné de boiseries et peintures murales.




Au pied de l'escalier, il y avait, en temps normal, le griffon qui a donné son nom au manoir. Il a manifestement été volé ou protégé. Nous pouvons encore admirer le bel ouvrage.



Les autres pièces du rez-de-chaussée semblent avoir été en cours de réhabilitation, mais sont aujourd'hui à l'abandon. On y trouve encore des cafetières pleines, des paquets de cigarettes et des boissons. Bizarre.


Deux pièces avec de belles cheminées nous permettent d'imaginer quelle devait être la vie il y a encore quelques années. Probablement une salle d'accueil pour les familles.




De belles moulures sont présentes dans les cheminées.

Après ce petit passage, nous entrons dans la cuisine qui est totalement équipée et quasi-fonctionnelle avec du matériel professionnel.




Dans une petite pièce annexe, sont posées tout une série de casseroles, poêles, spatules et autres.


On me signale que Philippe Etchebest vient de faire un arrêt cardiaque.

Après une pensée pour ce brave homme, nous tentons la cave, celle-ci est fermée à clef. Nous remontons, pour sortir et voir ce que nous pouvons trouver de plus.


Au passage, nous trouvons par terre deux dessins émouvants avec comme inscription "je t'aime Nathalie".

En contournant le bâtiment principal nous nous dirigeons vers une annexe, beaucoup plus moderne, datant probablement des années 80.


A l'intérieur nous pensons arriver dans un bâtiment réservé aux enseignements et aux loisirs. En effet, il semble y avoir une salle de "boom" avec un poster d'un groupe de musique, Doubleman, que je ne connaissais pas. On trouve aussi, et c'est beaucoup plus scandaleux, des tas de livres, de tests, de carnets et des listings d'enfants. Cela me donne presque la nausée sachant ce qu'il s'est passé ici.




Au semi sous-sol de ce bâtiment on trouve un peu de tout, du matériel de bricolage, des téléphones portables, et de manière générale, beaucoup de bazar.

En quittant le bâtiment, nous voyons un beau petit kiosque.


Soudain, nous entendons du bruit. Impossible de savoir si il s'agit de voisins, de flics ou d'autres explorateurs. Nous prenons la décision de ne pas nous approcher de l'entrée principale pour visiter le bâtiment d'accueil (et donc ne pas voir ce magnifique papier peint).

En partant, nous cherchons la cave, mais impossible de mettre la main dessus.


Sur le chemin du retour, nous sommes troublés. Ecoeurés même ! Comment se fait-il que nous puissions trouver autant de choses dans ce lieu perdu dans la pampa mais où des événements tragiques se sont déroulés ? Sans même chercher bien loin, durant notre visite, nous avons pu trouver des listes de salariés, des rapports d'audits et surtout, quelques listes d'enfants.

Le pire dans tout cela, c'est qu'avec les réseaux sociaux il est infiniment simple de retrouver quelqu'un. Et me dire que j'ai pu, à travers cette visite, rentrer dans une partie de l'intimité de Quentin, Aurélien ou encore Dimitri me file la gerbe. J'espère de tout cœur que ces enfants ont pu devenir des gens biens, heureux et sereins.

Il y a parfois des coups qui se perdent...



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